Costa Rica écoresponsable ou greenwashing whale watching à Uvita
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Le Costa Rica, destination écoresponsable ou greenwashing ?

Le Costa Rica est un pays qui m’a longtemps fait rêver. J’ai enfin pu le visiter en 2018, à l’occasion d’un stage de 6 mois avec les paresseux. J’ai pu découvrir la biodiversité extraordinaire qui m’avait tant attirée.

Mais j’ai également découvert les travers du tourisme et de la société de consommation, qui empêchent le Costa Rica d’être la destination écoresponsable idéale que l’on s’imagine.

Mais c’est quoi en fait, le voyage écoresponsable et le greenwashing ?

Commençons déjà par définir ces termes (comme un sujet de philo). Je vous prépare des articles plus détaillés sur ces définitions et ce qu’elles impliquent, mais en voilà une brève explication.

Le voyage écoresponsable

Le voyage écoresponsable, ou écotourisme, se définit comme un type de voyage qui respecte l’environnement comme les populations locales. Il peut avoir un bénéfice pour les locaux, qui en tirent un revenu, tout en limitant au maximum l’impact sur l’environnement.

On peut l’opposer au tourisme de masse, qui profite à une poignée de personnes qui s’enrichissent au détriment des autres et qui a un impact épouvantable sur l’environnement.

Le voyage écoresponsable passe également par la façon de voyager des visiteurs : mobilité douce, voyage zéro-déchet, volontariat, etc.

Le greenwashing

Le greenwashing, ou écoblanchiment en français, c’est quand on fait croire aux consommateurs qu’un produit est « vert » (naturel, bon pour l’environnement…), alors que c’est faux.

C’est à l’origine un terme créé pour le marketing, mais on l’étend aujourd’hui à toutes sortes de comportements, d’entités, de produits dès lors qu’ils revendiquent à tort une image « verte ». Rendez-vous dans cet article pour plus d’informations sur le greenwashing.

Maintenant que les termes sont plus clairs, comment s’appliquent-ils au Costa Rica ?

Avant d’y voyager à l’occasion de mon stage de Master 2, je rêvais de visiter le Costa Rica. Imaginez le rêve du voyageur amoureux de la nature : un pays qui abrite une biodiversité extraordinaire malgré sa petite taille, une bonne part du territoire protégée et une politique orientée vers le développement durable.

En arrivant, j’ai pu découvrir cet aspect du Costa Rica, mais aussi un côté moins reluisant. Le Costa Rica n’est pas la destination écologique parfaite, la preuve qu’elle n’existe probablement pas.

Mais il s’en approche. Je vous présente les côtés écolos du Costa Rica et ceux qui le sont moins, basés sur mon expérience.

Costa Rica écoresponsable ou greenwashing jardin
Le jardin d’une finca au Costa Rica, à la fois garde-manger et pharmacie de la famille.

Le Costa Rica, destination écoresponsable

Le Costa Rica a connu un développement rapide et loin d’être responsable. Il y a encore 40 ans, le taux de forestation avait chuté à 25% à travers le territoire. Il était de 75% dans les années 50.

Heureusement, le pays a su redresser la barre et ce taux est rapidement remonté. Aujourd’hui, plus d’un quart du territoire est protégé par des réserves ou des parcs nationaux. C’est énorme, surtout quand on sait que dans ce petit pays, on retrouve 6% de la biodiversité mondiale.

Les dirigeants et la population du Costa Rica ont compris la valeur écologique de leur pays. Ils ont appris à mieux la préserver et même à la capitaliser. Le tourisme est aujourd’hui la principale source de revenu du Costa Rica, en particulier grâce à l’écotourisme.

Les parcs nationaux et autres réserves costaricains attirent des milliers de visiteurs chaque année. L’offre écotouristique grandit de façon incroyable et fait du Costa Rica un leader dans le secteur. La destination écoresponsable par excellence ?

Les écolodges se développent pour proposer des hébergements respectueux de l’environnement. On peut trouver une infinité d’écotours, pour explorer tous les écosystèmes, des océans aux forêts de nuage.

L’Institut Costaricain du Tourisme a même développé une certification qui permet de noter l’offre touristique sur son côté durable. Ce Certificado para la Sostenibilidad Turística (CST) permet de mieux sélectionner son hébergement et ses prestataires en connaissance de cause. L’organisme avec lequel je suis allée observer les baleines à Uvita par exemple, a une note de 4/5.

La face moins reluisante du Costa Rica

Mais tout n’est pas vert au pays de la Pura Vida. L’offre écotouristique y est certes bien plus développé que dans les autres destinations (qui feraient bien de s’en inspirer). Mais j’ai pu constater certaines limites de cette destination écoresponsable, qui m’ont un peu fait déchanter.

Costa Rica écoresponsable ou greenwashing whale watching à Uvita
Les bateaux étaient peu nombreux et ne s’approchaient pas des baleines pendant ce whale-watching. Les baleines s’approchent d’elles-mêmes si elles le souhaitent.

Le tourisme de masse

Pas de grande surprise de ce côté, toutes les destinations populaires sont à la merci du tourisme de masse. Et qui dit tourisme de masse dit impact sur l’environnement (et la communauté). Cela se traduit par une urbanisation importante dans des zones fragiles comme les forêts et le littoral.

Aujourd’hui les côtes sont protégées par la Zone Maritime. Elle empêche toutes constructions dans les 50 premiers mètres et les rend difficiles à autoriser dans les 150 mètres suivants. Ça n’empêche pas de gros hôtels d’être déjà installés.

Les activités liées au tourisme ne sont donc pas en elle-mêmes les plus nocives. C’est leur multiplication et le comportement des participants qui peut jouer. Aux visiteurs de se souvenir que s’ils visitent un pays connu principalement pour sa biodiversité, ils ont aussi un rôle à jouer dans sa protection.

Le tourisme rapporte tellement d’argent que certaines personnes peu scrupuleuses peuvent en profiter pour proposer des offres qui paraissent écoresponsables mais qui ne le sont pas. D’où ce côté greenwashing.

On peut le voir avec des soi-disant centres de sauvetages de la vie sauvage (rescue center) et autres sanctuaires. En réalité, ils proposent surtout des selfies avec des animaux. Ou ils font payer très chers des séjours d’écovolontariat à des voyageurs pleins de bonnes intentions. Au final, ils se contenteront de jouer avec des animaux sauvages (jamais une bonne idée, pour eux comme pour nous).

Au Costa Rica heureusement ces pratiques ont tendance à disparaître grâce à la vigilance de l’état. C’est encore un gros souci dans le reste de l’Amérique Latine ou en Asie du Sud-Est par exemple. Donc choisissez soigneusement votre rescue center. Tout contact avec les animaux est un bon indicateur d’un mauvais centre.

Costa Rica écoresponsable ou greenwashing Réserve Rainmaker
La réserve Rainmaker, une oasis de nature entourée de champs de palmiers.

L’agriculture et la déforestation

Quand je suis arrivée au Costa Rica, je m’attendais à découvrir des forêts vierges à perte de vue, la jungle aux portes de la ville.

Bon on pourra dire que j’étais bien naïve. Mais j’ai quand même déchanté en visitant la magnifique forêt primaire de la réserve Rainmaker. Au sommet du point de vue, on découvre une oasis au milieu d’un océan de palmiers à huile.

En se déplaçant entre les villes, on découvre à perte de vue les champs bien ordonnés de bananes.

L’agriculture est un autre des principaux secteurs économique du Costa Rica. Le pays consacre une certaine partie de ces ressources à l’agriculture biologique et exporte des produits certifiés. Mais à côté de ça, le Costa Rica est également un énorme consommateur de pesticides. Les conditions de travail des ouvriers agricoles sont aussi très inégales.

Outre l’aspect éthique et social, cette agriculture intensive a deux conséquences sur l’environnement.

Les conséquences : pesticides et perte de connectivité

Tout d’abord, les pesticides ne se contentent pas de rester dans les champs où ils ont été utilisés. Ils ruissellent autour et contaminent des zones naturelles. Ils vont jusqu’à ruisseler dans l’océan où ils ont des conséquences désastreuses sur les écosystèmes marins.

La deuxième conséquence, conjointe avec la déforestation, est l’isolement des zones naturelles. En conservation on parle de perte de la connectivité. Ça signifie que des zones de nature préservée, qui abritent une biodiversité importante, ne sont plus connectées entre elle.

Et cette connectivité est vitale pour un grand nombre d’espèces. Soit parce qu’elles ont un domaine vital (la zone où un individu vit) très étendu, comme les grands félins. Soit parce qu’elle permet de garder de la diversité génétique chez une espèce.

S’il n’y a plus de connectivité, le taux de consanguinité augmente, avec les conséquences qu’on connaît. (Regardez les pharaons égyptiens ou les Targaryens qui se mariaient dans leur fratrie !). Dans le pire des cas, l’espèce peut s’éteindre. En écologie, c’est ce qu’on appelle un vortex d’extinction.

La seule solution pour les espèces pour continuer à se déplacer entre les zones naturelles est de s’aventurer dans les zones déforestées. Là, elles sont exposées à toutes sortes de menaces.

Les paresseux par exemple sont menacés par les prédateurs, les attaques de chiens errants ou les électrocutions. Ces deux dernières menaces en particulier étaient les principales causes de blessures des paresseux soignés dans le refuge où j’ai fait mon stage.

L’écologie au Costa Rica

Pour finir, un autre point qui m’a déçue est l’attitude des locaux avec l’environnement. Alors bien sûr, en majorité ils apprécient et protègent leur environnement. En même temps, c’est souvent leur principal gagne-pain. On rencontre beaucoup de passionnés, qui se battent pour protéger la biodiversité ou qui adorent la faire découvrir aux voyageurs.

Mais pendant mon séjour de 6 mois, j’ai aussi pu constater l’usage du plastique à usage unique. Il n’a rien à envier à l’Asie du Sud-Est. C’est le festival des sacs et des bouteilles en plastique. Ironique sachant que le Costa Rica a l’avantage d’avoir une eau potable, même pour nos intestins fragiles d’Européens.

J’ai passé la majeure partie de mon séjour sur la Côte Pacifique, à Manuel Antonio, donc je ne peux pas vraiment me prononcer pour le reste du pays. Mais je me rappelle la difficulté à trouver des infrastructures pour le recyclage.

Heureusement, ma maison d’hôtes le proposait. Le problème, c’est qu’elle n’avait par contre aucun scrupule à déverser l’eau des machines à laver directement dans le cours d’eau derrière la maison. Comme tout le quartier d’ailleurs.

Costa Rica écoresponsable ou greenwashing Santa Elena cloud forest Monteverde
La forêt de nuage de Monteverde, une forêt primaire préservée.

Alors, le Costa Rica, une destination écoresponsable ?

Après avoir vu les points négatifs du Costa Rica en matière d’environnement, est-ce qu’on peut parler pour autant de greenwashing ? Je ne pense pas. Il y a généralement dans le greenwashing une part de manipulation active. Une entreprise ou une collectivité sera directement à l’origine de la propagation de leur image verte.

Pour le Costa Rica, je n’ai pas trouvé que c’était le cas. Il y a l’air d’y avoir une volonté sincère de protéger la biodiversité et de se positionner dans le tourisme vert. Autant de la part des officiels que des locaux.

Malheureusement, ils ne font pas toujours le poids face à d’autres intérêts économiques comme le tourisme de masse et l’agriculture.

Dans le même temps, la prise de conscience au quotidien a l’air plus lente à arriver. Et c’est toujours plus compliqué pour les plus démunis. Comme partout, il y a du bon et du mauvais.

Alors est-ce que le Costa Rica est à boycotter ? Ou pire, est-ce que puisque de toute façon on n’arrivera jamais à la destination écoresponsable parfaite, autant continuer sur la route de la consommation à outrance ? Surtout pas !

Le Costa Rica reste un pays magnifique qui a su préserver une biodiversité extraordinaire. Il développe tranquillement mais sûrement son offre écoresponsable.

Être respectueux de la biodiversité en voyage et privilégier les alternatives écologiques, c’est montrer que ça compte pour le consommateur et contribuer à faire évoluer les choses.

Vous avez visité le Costa Rica ? Qu’est-ce que vous pensez de son image de destination écoresponsable ?

Signature Blue Ashes Travel

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Sarah est voyageuse et conservationniste. Sur Blue Ashes Travel, elle vous parle environnement et découvertes ! Elle vous embarque dans ses aventures à travers le monde et souhaite vous rendre le voyage et la conservation plus accessibles.

2 Comments

  • Amélie

    c’est dur d’arriver à être parfait pour un pays tout entier ! Il y a tellement d’intermédiaires, l’État, les locaux, les investisseurs, les touristes .. dur de tout contrôler. Le Costa Rica a quand même +1/4 de son pays protégé et rien que pour ça c’est déjà super (je trouve). Je n’y suis jamais allée mais je connais pas mal de gens qui ont adoré le fait que le pays respire et possède encore une belle végétation luxuriante ! Si la plupart des pays décidé de protéger une partie de leur territoire ce serait déjà une belle avancée.

    En ce qui concerne le plastique, malheureusement c’est un fléau qui touche autant les pays d’Asie, Afrique, Amérique latine que nous au final. Quand je vois le nombre de shops ou de gens encore utiliser du plastique à usage unique, ici à Montréal, ça me rend dingue. Alors, par manque de communication plus poussée au Costa Rica par ex. je comprends que ça ne soit pas encore rentré dans les mœurs :/

    • Sarah

      Merci pour ton message ! C’est sûr, impossible d’être parfait à l’échelle d’un pays, mais j’avais envie de partager ces petits détails qui m’ont surprise, c’est facile de se faire une image un peu trop parfaite d’une destination.
      C’est vrai qu’ils ont encore énormément de surface de forêts encore très belles, mais en fait le plus triste c’est de se dire que ce qui a été déforesté, et les champs qu’il reste aujourd’hui qui sont quotidiennement inondés de pesticides, ben tout ça c’est indirectement de notre faute. Tout ça est destiné à l’export pour qu’on puisse manger nos bananes toute l’année, en Europe et en Amérique du Nord…
      J’espère juste que les habitudes concernant les plastiques à usage unique vont continuer de progresser chez nous et arriver là où ce n’est pas le cas ! (Comme au Canada par exemple, je n’y avais pas pensé avant que tu ne le pointes. Mais c’est vrai qu’à l’époque où j’y ai vécu, c’était encore le festival du sac plastique alors que ça commençait à diminuer en Europe).

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